« A long terme, le statut quo est, inacceptable ».

«Prolonger les souffrances humaines dans les camps est cruel».

Ross est atteint par ce même pessimisme qui avait affecté auparavant le diplomate néerlandais Van Walsum.

Janvier 2009, Chrisopher Ross succède au Néerlandais Peter Van Walsum. Une année et quelques mois après cette nomination en tant qu’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU au Sahara, le voilà touché par le même pessimisme qui avait affecté auparavant le diplomate néerlandais. Il broie du noir, mais à sa manière. Evitant les déclarations directes à la presse qui avaient valu au diplomate néerlandais la perte de son poste après le forcing de l’Algérie et du Polisario, l’Américain semble choisir la voie de la discrétion pour communiquer et transmettre ses idées et ses craintes aux parties impliquées dans la question du Sahara. Preuve en est l’envoi, fin juin dernier, d’un courrier au groupe des cinq pays dits «amis du Sahara» (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, Espagne et France). Une lettre tenue secrète avant que le quotidien El Pais n’en révèle la teneur. Selon le journal espagnol, Christpher Ross y étale mot pour mot ce qu’il pense des conséquences de l’enlisement du conflit et de l’impasse dans laquelle se trouve la question du Sahara.
Extraits : «Bien que les parties aient la volonté politique de s’assoir face à face, elles n’ont pas encore la volonté politique pour initier de véritables négociations sur le futur du Sahara occidental ou accorder la priorité aux mesures de confiance», se plaint Chrisopher Ross dans son document.

Selon le médiateur américain, chaque partie doit discuter la proposition de l’autre «plus en profondeur que ce qu’elles avaient fait lors de la seconde réunion informelle, tenue les 10 et 11 février 2010 à Westchester County» aux Etas-Unis, sous sa médiation, après celle de Durnestein en août 2009 en Autriche. Dans son document, l’Américain prêchant la bonne parole, souligne qu’«examiner les propositions et les discuter ne signifie pas pour autant les accepter mais un signe de respect pour l’autre partie».

Toujours selon le même document, le Maroc a décliné l’examen de la «proposition» du Polisario d’organiser un référendum au Sahara. Une proposition qu’il faut rappeler ne date pas d’hier. Elle est aussi vieille que le conflit. En revanche, le projet marocain d’autonomie a le mérite d’être qualifié par le Conseil de sécurité de «sérieux» et «crédible». Dans ce document, le médiateur de l’ONU remet même en doute l’utilité de prochains rounds de négociations si les deux parties campent fermement sur leurs positions. «Des réunions successives sans avances significatives» mettraient en doute «la crédibilité de l’ONU, du Conseil de sécurité et de l’envoyé personnel».

«Le statut quo est, à long terme, inacceptable», avertit Chrisopher Ross dans sa lettre. Parce qu’il y a danger, selon le médiateur américain. «Le risque qu’une partie de la jeunesse sahraouie vire à l’extrémisme ou à des activités criminelles, monte». Une crainte partagée par divers think-tanks internationaux et des personnalités politiques de haut rang, à l’instar de Maixmo Cajal, l’ancien conseiller de Zapatero. En guise de conclusion, Christopher Ross assure que «prolonger les souffrances humaines dans les camps, est cruel».

«Le risque qu’une partie de la jeunesse saharouie vire à l’extrémisme ou à des activités criminelles, monte».

Lettre de RossPartialité de la presse algérienne

Quand la presse algérienne évoque la lettre de Chrisopher Ross adressée, fin juin, au groupe des pays « amis du Sahara », elle le fait bien entendu, à sa manière. Les canards algériens se focalisent sur les passages qui servent l’Algérie et le Polisario, à l’image du refus de la délégation officielle marocaine de discuter la proposition du référendum du Polisario lors de la seconde réunion informelle, les 10 et 11 février à Westchester County aux Etas-Unis. En revanche, la même presse ne souffle mot sur les risques de dérives extrémistes ou criminelles d’une partie de la jeunesse des camps de Tindouf au cas où l’enlisement du conflit s’installerait dans la durée. La conclusion de Ross: « Prolonger les souffrances humaines dans les camps est cruel », a, elle aussi, fait les frais du même couperet.

Source: lesoir-echos.com